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Stephen Lendman
publié le mardi 5 mai 2009
Des enquêtes indépendantes et des témoignages
convaincants des deux bords fournissent des preuves incontestables de crimes de
guerre israéliens à Gaza. Il est temps que les coupables rendent des comptes.
En février, le Centre Juridique Adalah pour
les Droits des Minorités Arabes a montré indéniablement comment Israël a dérogé
aux principes fondamentaux du droit international en attaquant aveuglément les
civils, en dépit des affirmations des forces de défense israéliennes (IDF),
selon lesquelles ces cas étaient justifiés.
Amnesty International a accusé Israël de
crimes de guerre et a demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies d’imposer
un embargo sur les armes.
Human Rights Watch (HRW) a une longue pratique
d’action en agent impérial, même parfois en remplissant son mandat de
« protection des droits de l’homme dans le monde entier... se tenant auprès
d’eux et défendant la liberté politique en traînant les contrevenants en
justice. »
Il a fait en partie cela dans un rapport
intitulé Rain of Fire (Pluie de feu), citant « l’usage illégal de phosphore
blanc par Israël à Gaza... dans des quartiers peuplés, tuant et blessant des
civils, et endommageant des édifices civils, notamment une école, un marché, un
entrepôt de l’aide humanitaire et un hôpital. »
L’IDF s’est aussi servi de « missiles, bombes,
artillerie lourde, obus de char et armes légères, dans des quartiers à forte
densité de population, en particulier dans le centre de la ville de Gaza,
contrevenant au droit international humanitaire et aux règles de la guerre, qui
exigent de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de faire du tort
aux civils et interdit les attaques aveugles. »
HRW qualifie le recours au phosphore blanc
« d’aveugle, délibéré et inconsidéré. » Il dit que les États-Unis ont fourni les
armes et le nécessaire permettant ces actions. Il demande instamment au Conseil
de Sécurité des Nations Unies ou au Secrétaire Général de nommer une commission
internationale indépendante pour enquêter sur les allégations crédibles de
crimes de guerre, avec usage d’armes illégales.
Ne figurent pas dans le rapport les plus de
soixante ans de massacres de masse et de destructions d’un traitement se
résumant à un génocide. Ne sont pas non plus mentionnés l’impact exhaustif des
22 jours d’attaques, Gaza toujours en état de siège et la Cisjordanie sous
occupation militaire. Non répertorié le bilan des morts et des blessés, des
civils abattus de sang-froid, du grand nombre de maisons, bâtiments publics,
hôpitaux, ambulances, bateaux de pêche, cultures, écoles, mosquées, entreprises,
bâtiments et abris des Nations Unies, infrastructures et quartiers entiers, et
de toutes les autres destructions aveugles. Silence aussi sur les effets
incalculables du blocus contre 1,5 millions de Gazaouis et la poursuite des
agressions contre eux.
Le 6 avril, Physicians for Human Rights-Israel
(PHRI) et Palestinian Medical Relief Society ont compilé dans un long rapport
les preuves détaillées des crimes de guerre : des témoignages de Gazaouis et du
personnel médical sur le fait que des gens blessés ont été privés de soins,
abattus à bout portant de sang froid, empêchés d’être évacués, et étaient
terrorisés « sans merci. » Une équipe internationale indépendante de juristes,
de personnel de santé et d’experts médicaux a effectué l’enquête.
Hadas Ziv, le directeur exécutif de PHRI, a
déclaré : « L’une des difficultés du rapport est manifestement le préjudice
envers les gens innocents... du déchaînement de pareille puissance de feu au
sein de la population. » Il a enregistré les témoignages de 44 civils et a
prélevé des échantillons de tissus, sol, eau, herbe des marais, soupçonnés
d’être infectés par des munitions et des armes chimiques, puis les a envoyés au
Royaume-Uni et en Afrique du Sud pour tests et évaluations.
Al-Haq durant l’Opération Plomb Fondu
Al-Haq est une ONG palestinienne de Ramallah
en Cisjordanie, créée en 1979 pour « protéger et promouvoir les droits de
l’homme et la primauté du droit » en Palestine occupée.
En avril, elle a publié un document sur la
situation intitulé : « L’Opération Plomb Fondu et déformation du droit
International : Analyse juridique de la prétention israélienne à l’autodéfense
en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations Unies. » Cette justification
est absurde de la part d’une nation s’absolvant elle-même de crimes de guerre
incontestables.
Néanmoins, le 30 mars (après 11 jours), l’IDF
a clôturé son enquête sur les allégations de dérapages militaires, avec le
Juge-avocat général, Avichai Mendelblit, les qualifiant dédaigneusement
d’« heresay » basée sur aucune preuve corroborée. « Elles étaient basées sur des
rumeurs et ne reflètent pas le déroulement des opérations sur le terrain. »
C’est le genre de manœuvres dilatoires israéliennes typiques, chaque fois que ce
pays est pris en flagrant délit, avec l’imputation de ses propres crimes à ses
victimes.
Le 31 mars, un communiqué de presse du Centre
Palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) a déclaré :
Le PCHR « pense que la rapidité avec laquelle
cette enquête a été conclue illustre l’incapacité constante de l’IDF à enquêter
véritablement sur les crimes que ses soldats commettent régulièrement contre les
civils palestiniens. Les enquêtes de cette nature ne sont pas conformes aux
normes internationales d’indépendance et de transparence, et elles entravent la
justice. »
Al-Haq a passé en revue les 22 jours
« d’attaques aériennes sans relâche, accompagnées d’incursions terrestres
intensives, » ainsi que les morts, les blessés et les destructions qu’elles ont
provoquées. Pourtant, incroyablement, le matin avant l’attaque, Gabriela Shalev,
l’ambassadrice d’Israël auprès des Nations Unies, a informé le Secrétaire
Général :
Après une longue période d’extrême retenue, le
gouvernement israélien a décidé à compter de ce matin d’user de son droit de
légitime défense... comme le stipule l’article 51 de la Charte de l’ONU.
Cette justification est juridiquement
indéfendable pour au moins deux raisons :
Gaza reste en réalité occupé et
Israël en porte l’entière responsabilité, et
l’attaque israélienne était
gratuite, préventive, en rapport avec l’occupation et le conflit plus large
opposant la quatrième plus puissante armée du monde à une population civile sans
défense, dotée seulement d’armes artisanales de petit calibre pour se défendre.
Le statut juridique de Gaza
Malgré le désengagement de 2005, Gaza demeure
occupé. L’article 42 du Règlement de 1907 de La Haye stipule que :
Un territoire est considéré comme occupé quand
il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie. L’occupation ne
s’étend qu’aux territoires où cette autorité est établie et peut être exercée.
Il existe légalement un « contrôle effectif »
si des forces militaires antagonistes peuvent à chaque fois qu’elles le désirent
assumer un contrôle physique sur une partie du pays. » Si, en plus, une
« puissance occupante, » a assez de « force » ou de « moyens » pour infliger son
autorité. Le plan de désengagement d’Israël affirme son droit à « garder et
surveiller le périmètre terrestre extérieur de Gaza et à continuer à assumer son
autorité sur son espace aérien » et sur son littoral. Il autorise aussi le
déploiement de troupes à l’intérieur du territoire et le droit de contrôle
administratif sur la population à travers le système fiscal, le registre de la
population civile, et la régulation exclusive de l’entrée et de la sortie tout
bien et personne.
L’autodéfense en vertu du droit international
L’article 2(4) de la Charte des Nations Unies
déclare que tout État Membre « doit, dans ses relations internationales,
s’abstenir de menacer ou d’employer la force contre l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique de tout État, et de tout autre recours incompatible
avec l’objectif de l’Organisation des Nations Unies. »
Toutefois, la Charte autorise la force armée à
deux conditions : quand elle est permise par le Conseil de Sécurité ou par
l’article 51, qui autorise le « droit individuel ou collectif à l’autodéfense
quand une agression armée se produit contre un Membre... jusqu’à ce que le
Conseil de Sécurité prenne des mesures pour maintenir la paix et la sécurité. »
L’Opération Plomb Fondu était une agression
gratuite dans le contexte de 42 ans de conflit et d’occupation, un cadre « régi
exclusivement par le droit humanitaire international, » pas par les lubies de
l’occupant pour exercer une pression.
L’article 51 ne s’applique pas à une puissance
occupante, puisque Israël est assujetti au droit international humanitaire,
notamment aux dispositions de la Quatrième Convention de Genève. Israël a
certaines obligations juridiques spécifiques envers Gaza et la Cisjordanie :
traiter les civils avec humanité,
s’abstenir d’actes de violence de
toute nature,
soigner les malades et les
blessés,
assurer une alimentation
suffisante et des fournitures médicales,
fournir des garanties juridiques,
et
s’occuper à tout égard des
« personnes protégées » sous son contrôle.
Le droit international limite aussi les
méthodes de combat et les moyens utilisés par toutes les parties. Légalement,
seule la définition stricte de la « nécessité militaire » justifie une attaque,
contre des objectifs dans l’intention d’affaiblir ou de vaincre l’ennemi ou de
mettre fin au conflit. Même dans ce cas les principes de distinction et de
proportionnalité s’appliquent :
faire la distinction entre cibles
militaires et civiles et non militaires ; attaquer ces dernières étant un crime
de guerre, et
la règle de proportionnalité
s’oppose à la force disproportionnée aveugle, susceptible de provoquer des
dommages ou des pertes de vies humaines ou d’objets.
Israël est aussi tenu avant toute attaque de
prévoir des « alertes efficaces à l’avance, » pour avertir les populations
civiles, puis de prendre toute mesure possible pour minimiser les pertes chez
les non-combattants. En vertu de la Quatrième Convention de Genève, les « zones
neutres » doivent être protégées afin d’assurer qu’elles soient le plus possible
exemptes de dommages au cours du conflit.
Israël a dérogé aux règles de la guerre et de
l’occupation et a commis des crimes de guerre et contre l’humanité. Il a attaqué
les civils d’une façon disproportionnée, sans distinction, en particulier dans
les quartiers densément peuplés. Il n’a fait aucun effort pour faire la
distinction entre les cibles militaires et civiles. Il délibérément pris pour
cible la totalité de la population de Gaza, de ses biens et infrastructures,
sans discrimination, contrevenant gravement aux Conventions de Genève et aux
autres règles du droit humanitaire international. Ainsi qu’aux lois de la
guerre. En tant que tel, ses gouvernants et commandants sont pénalement
répréhensibles et doivent être tenus pour responsables de leurs actions.
Al-Haq a conclu :
« S’en remettre à l’autodéfense, de la part
d’Israël, mal interprète le droit international dans une démarche visant à se
soustraire à ses obligations juridiques internationales ... » Son argument
d’autodéfense est illégitime en vertu de l’article 51 et « n’a aucune validité
au regard du droit international. »
L’enquête de l’ONU sur les crimes de guerre à
Gaza
Le 3 avril, l’ONU a annoncé la nomination de
Richard Goldstone à la tête d’une enquête d’information à Gaza, sur les
allégations de crimes de guerre commis là-bas au cours de l’Opération Plomb
Fondu. Martin Uhomoibhi, le président du Conseil des Nations Unies aux Droits de
l’Homme, a déclaré qu’une équipe indépendante d’experts effectuera la mission
dans les prochaines semaines après en avoir discuté à Genève.
Goldstone est un juriste respecté, qui a été
juge pendant neuf ans à la Cour Constitutionnelle de l’Afrique du Sud. Il a
aussi siégé en tant que procureur en chef de l’ex-Yougoslavie et des tribunaux
du Rwanda, et est membre du conseil de l’Université Hébraïque. En tant que Juif
sa nomination l’a « choqué, » mais il a promis d’être juste et équitable. Il
« espère que les conclusions... vont apporter une contribution significative au
processus de paix... et rendre justice aux victimes. »
C’était l’une des 16 personnalités
internationales, avec l’archevêque Desmund Tutu, qui ont exigé le 17 mars une
enquête pour crimes de guerre. Son mandat est de se focaliser sur les victimes
palestiniennes de la dernière guerre à Gaza, mais il enquêtera sur toute
violation présumée, avant, pendant et après le conflit.
Israël a toujours refusé avant de participer
aux enquêtes précédantes du Conseil, en les qualifiant de partiales. On ne sait
pas si Israël coopérera maintenant, après que Yigal Palmor, le porte-parole du
Ministère des Affaires étrangères, a déclaré : « Ce comité est chargé non pas de
rechercher la vérité, mais d’accuser Israël des crimes présumés. » Il a accusé
le Conseil de n’avoir « pratiquement pas du tout de crédibilité. »
Goldstone est actuellement Compagnon de
Spinoza au Netherlands Institute for Advanced Study de La Haye. Il a reçu
plusieurs récompenses des droits de l’homme, la toute dernière, le Prix de la
Fondation MacArthur pour la Justice Internationale lui sera attribuée à La Haye
le 25 mai 2009.
Le 3 mai 2007, il était sans équivoque en tant
que l’un des quatre membres du comité, sur la question de savoir si les procès
en crimes de guerre font plus de mal que de bien. Au moment où on lui a demandé
de participer, il a dit que « les organisateurs devaient savoir que je dirais
qu’ils font plus de bien que de mal et que c’est, bien sûr, mon point de vue. »
Il a cité la réalisation de Nuremberg comme
« la première démarche ayant fait rendre des comptes à des criminels qui ont
violé le droit pénal international. C’était la première constatation du fait que
la primauté de la loi pourrait être appliquée au niveau international, » mais à
travers un « procès équitable » exposant « les plus effroyables crimes de
guerre, » en attirant l’attention sur « les victimes... Elles savent ce qui leur
est arrivé. Elles n’ont pas besoin d’aller au tribunal et d’écouter les
charges... mais elles ont besoin de la reconnaissance officielle pour commencer
leur processus de guérison... Je ne doute pas que le monde soit un meilleur
endroit aujourd’hui à la suite de l’essor rapide de la justice pénale
internationale » et de l’instauration de la Cour Pénale Internationale par le
Traité de Rome.
Directives d’enquête de B’Tselem sur
l’Opération Plomb Fondu
B’Tselem est le Centre d’Information Israélien
sur les Droits de l’Homme dans les Territoires Occupés. Il fait partie d’une
coalition d’organisations des droits humanitaires israéliennes, qui poussent
Israël à enquêter de manière approfondie et équitable sur les allégations de ses
crimes de guerre. Bien sûr, nous savons maintenant qu’il les blanchira, comme il
l’a fait dans le passé.
B’Tselem cite néanmoins l’atrocité des morts,
blessés, destructions, sans-abri, pertes humaines irrévocables et souffrances,
qui exigent amplement de rendre des comptes. Il a préparé un document
« définissant les principales questions » concernant la conduite d’Israël et a
présenté les lignes directrices pour l’examiner.
Tirs sur les civils
Des civils ont été délibérément pris pour
cible, en violation du droit international, et la grande majorité des morts et
des blessés étaient des non-combattants. B’Tselem a répertorié de nombreux cas,
« dans lesquels de jeunes hommes ne participant pas aux hostilités ont été
tués » ou blessés.
« L’examen de la conduite de l’IDF au cours de
l’opération pose de graves soucis quant à l’étendue de ses manquements envers
ses obligations en vertu du droit humanitaire international. » Des preuves
incontestables, qu’aucune norme ou arrangement de la loi ne peut démentir,
montrent des crimes de guerre systématiques et cruels.
Pendant le conflit, B’Tselem a obtenu « des
récits particulièrement graves de soldats tirant intentionnellement sur des
civils » non-combattants. Ils doivent faire l’objet d’une enquête approfondie
pour déterminer si les commandants ont ordonné ces actions ou si les militaires
ont agi de leur propre chef.
L’absence de protection des civils
Israël a volontairement emprisonné 1,5
millions de Gazaouis durant le conflit. Les passages frontaliers ont été fermés,
et l’Égypte (en accord avec Israël et Washington) a refusé d’ouvrir celui de
Rafah. Israël a prétendu que le largage de circulaires était suffisant. Faux. Le
droit international exige qu’un préavis soit donné à l’avance et que toute
précaution soit prise pour protéger les civils. À la place, ils ont été pris
pour cible dans leurs maisons, écoles, mosquées, lieux de travail, et abris de
l’UNRWA.
B’Tselem a obtenu des témoignages selon
lesquels l’IDF s’est aussi servi de Palestiniens comme boucliers humains. On
leur a ordonné d’entrer dans des bâtiments devant les soldats pour s’assurer
qu’ils n’étaient pas piégés. Et aussi d’éliminer les objets suspects sur les
routes et de se tenir devant les militaires qui auraient pu être tués. L’article
28 de la Quatrième Convention de Genève interdit ces pratiques, et précise que :
« La présence d’une personne ne peut servir à
mettre des lieux ou des zones à l’abri des opérations militaires. » En d’autres
termes, à servir de boucliers humains. Dans l’affaire Adalah et autres contre OC
Central Command et autres, la Cour suprême israélienne a interdit toute forme de
cette pratique dans un but quelconque.
Prendre pour cible des symboles
gouvernementaux
Pendant le conflit, l’IDF a bombardé des
centaines de cibles civiles, des maisons, hôpitaux, écoles, mosquées et
bâtiments publics, en violation flagrante envers le droit international. Réponse
d’Israël : les cibles « supportant le financement, la planification et la
réalisation d’actes terroristes » ont été frappées. D’autres déclarations
étaient similaires, mais omettaient de dire en quoi ces bâtiments avaient un
caractère militaire. B’Tselem a conclu que « la raison de frapper ces objectifs
n’était pas en rapport avec leur usage et il était donc interdit de les
attaquer. »
Pour sa part, Israël a prétendu que tout ce
qui concernait le Hamas faisait une cible légitime. Dan Harel, le vice-chef
d’état-major général, a déclaré :
« Nous frappons non seulement les terroristes
et les lanceurs, mais aussi l’administration du Hamas entière, et toutes ses
armes. Nous frappons les édifices publics, usines, agences de sécurité, etc.
Nous invoquons la responsabilité gouvernementale du Hamas et nous ne faisons pas
de distinction entre les différentes branches. Après l’opération, aucun bâtiment
du Hamas ne sera laissé debout. » Il avait inclus vraisemblablement les
hôpitaux, écoles, mosquées et les maisons particulières.
Une autre déclaration officielle, disait :
« Quand une organisation terroriste contrôle
un gouvernement, tous les ministères du gouvernement servent à assumer les
objectifs de l’organisation terroriste. Pourquoi, supposez-vous que le ministère
du Transport palestinien ne sert qu’à établir des lignes de bus ? Peut-être
sert-il à d’autres fins. Le Hamas ne fait pas les séparations qui sont
coutumières dans les pays bien dirigés. » Peut-être aussi que les chirurgiens,
les enseignants, les femmes et les enfants sont des kamikazes secrets, et donc
des cibles légitimes.
B’Tselem a écrit au Ministre de la Justice
d’Israël, Menachem Mazuz, « pour demander des clarifications sur les attaques
contre les civils. » La réponse « a complètement ignoré les questions
posées... »
L’évacuation des blessés et les attaques
contre les équipes médicales
Il y a eu de nombreux rapports sur le fait que
l’IDF a pris pour cible les hôpitaux, les ambulances, et les employés aux soins
médicaux, et « que les soldats empêchaient d’amener les blessés à l’hôpital. »
Dans certains cas, ils ont tiré à bout portant sur les blessés ou les ont laissé
mourir sur place en se vidant de leur sang. Dès qu’Israël a envahi, la
circulation des équipes médicales a été impossible « car c’était sur l’accès aux
hôpitaux du secteur central de Gaza... au moins 16 équipes médicales ont été
prises pour cible et tuées au cours de l’opération. »
Le CICR s’est écarté de sa procédure
habituelle en déclarant qu’Israël a violé le droit international humanitaire qui
exige de s’occuper et d’évacuer les blessés, et qu’empêcher ou retarder cela est
illégal et inacceptable.
Le 6 janvier, huit organisations de défense
des droits de l’homme ont adressé une pétition à la Cour Suprême « exigeant que
l’armée permette aux équipes médicales et aux ambulances de se déplacer dans
Gaza et autorise l’évacuation des blessés vers les hôpitaux. » Israël a prétendu
avoir donné l’instruction explicite de s’abstenir d’attaquer les équipes
médicales et les ambulances et de laisser évacuer les blessés vers les hôpitaux,
puis a apporté des précisions dans une déclaration disant :
Les rapports reçus indiquent clairement et
sans équivoque que les activités terroristes utilisent parfois des ambulances
pour commettre des actes terroristes, et se déguisent aussi en personnel
médical. Il s’agit d’un mode opérationnel plutôt que d’incidents isolés et
exceptionnels.
C’est typique de la défense israélienne pour
justifier ses crimes de guerre et contre l’humanité les plus révoltants. Il
s’agit d’un bouclier juridique fictif, rejeté par la jurisprudence
internationale. C’est fondé sur des suppositions, et non pas sur des faits, et
ce serait rejeté de toute juridiction légitime du fait que c’est non établi et
non démontré.
Le droit international est clair et sans
équivoque. Les hôpitaux civils, le personnel médical, et toute personne
s’occupant des blessés, ne peuvent en aucun cas faire l’objet d’attaques, mais
doivent être ménagés et protégés tout le temps par les parties en conflit. »
Israël accuse le Hamas au lieu d’assumer la pleine responsabilité de ses actes.
La destruction de l’infrastructure civile et
des services publics
Pendant le conflit, les infrastructures
civiles de Gaza et les services publics « ont été presque totalement détruits. »
Les centrales électriques ont épuisé leur carburant et se sont arrêtées. Les
habitants avaient à peine 25% de l’électricité nécessaire. Les services des eaux
et des égouts ont été détériorés. À l’apogée des combats, plus de 800.000
personnes n’avaient plus d’eau courante. Les eaux des égouts se sont répandues
sur les terres arables et ont inondé les rues de Beit Hanoun. Les hôpitaux ont
dû recourir à des générateurs. Ces personnes ont aussi souffert de la pénurie de
pratiquement tout ce qui est nécessaire pour vivre. La nourriture et les autres
choses essentielles étaient difficile à obtenir. Les boulangeries étaient
fermées pour manque de farine, de gaz et d’électricité pour la cuisson. Les
organismes internationaux étaient dans l’incapacité de distribuer la nourriture
et les autres fournitures.
Le résultat a été un désastre humanitaire
aggravé par 18 mois d’état de siège. Deux semaines avant le début de
l’offensive, un rapport de l’OCHA disait que Gaza était en crise, et que ses
habitants luttaient au quotidien pour répondre à leurs besoins élémentaires et
survivre, comme obtenir suffisamment de nourriture, d’eau, de carburant et de
soins médicaux. La plupart d’entre eux se sentaient piégés sur le plan
« physique, mental et émotionnel. »
Selon OCHA, au deuxième trimestre 2008 le taux
de chômage atteignait 50%, et, en 2007, 79% des ménages vivaient dans la
pauvreté et pour 70%, elle était « profonde. » C’était Gaza à la veille du
conflit. Aujourd’hui, après tant de destruction, c’est bien pire.
Conclusion
« L’étendue des atteintes à la population
civile au cours de l’Opération Plomb Fondu est sans précédent. C’est seulement
maintenant que se révèle l’ampleur des destructions » avec davantage de preuves
révélées par de récents témoignages. Des familles entières ont été tuées. Des
parents ont été impuissants à empêcher leurs enfants de mourir. D’autres n’ont
pu empêcher un être cher de mourir en se vidant de son sang. Ce sont des
cicatrices indélébiles, à jamais gravées dans la mémoire collective d’un peuple
torturé, isolés, négligé, et méprisé par les dirigeants du monde entier.
Des groupes des droits humanitaires et autres
exigent que les comptes soient intégralement rendus « pour les crimes les plus
graves. » Israël prétend que son armée a agi comme il faut. Ehud Barak, le
Ministre de la Défense, a qualifié l’IDF « d’armée la plus morale du monde...
qui a usé de tous les moyens possibles pour éviter de blesser les gens. » Le
juge-avocat général de l’armée israélienne, Avichai Mandelblit, a dit à B’Tselem :
Bien que nous regrettions, bien sûr, tout tort
envers les civils, nous soulignons de nouveau que la responsabilité de tout ceci
se trouve uniquement sur le seuil de la porte de l’organisation du Hamas...
B’Tselem a été implacable en qualifiant
d’« inacceptables » les actes d’Israël. Le droit international protège les
civils des « effets horribles de la guerre... User d’une terminologie ambiguë et
d’arguments injustifiés pour excuser d’aussi graves torts envers les civils,
dans une démarche destinée à créer un semblant de respect de la loi, constitue »
une tromperie flagrante de tout premier ordre.
La conduite d’Israël « fait sérieusement
soupçonner que les soldats et les commandants ont violé le droit international
humanitaire, » volontairement et de façon réitérée. « Compte tenu de tout cela,
une expertise publique... est essentielle... L’ampleur et la gravité des
violations ne peuvent être déterminées que dans le cadre d’une enquête
approfondie, indépendante, efficace, ouverte à la critique publique, et
effectuée dans un délai raisonnable. »
B’Tselem demande instamment à Israël de le
faire. Jamais il n’a été et ne va maintenant au-delà d’affirmer qu’il faut
examiner les allégations, et déterminer si elles sont sans fondement. Seul un
organisme indépendant devrait être investi. Il reste à voir si, avec Richard
Goldstone, l’équipe du Conseil des Nations Unies sur les Droits Humanitaires
sera à la hauteur. Le monde entier regarde.
Stephen Lendman est un chercheur associé au
Centre de Recherche sur la Mondialisation (Global Research). Il vit à Chicago et
peut être contacté à
lendmanstephen@sbcglobal.net. Le site de son blog est
sjlendman.blogspot.com.
Texte original en anglais : Investigating
Israeli War Crimes in Gaza, publié le 15 avril 2009.
Traduction : Pétrus Lombard.
publié en avril 2009 par Mondialisation |