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La Suisse exhortée à faire respecter le droit humanitaire

 

Isolda Agazzi

http://www.infosud.org/spip/IMG/arton1489.jpg2 février 2009 - GENEVE - One Justice, un collectif d’avocats de trente pays, demande à la Suisse de jouer un rôle plus actif pour éviter la répétition du drame de Gaza. Berne répond qu’elle a déjà fait tout le possible. La Suisse est-elle à la hauteur des attentes qu’elle suscite ?

Après les ONG, au tour des avocats de demander des mesures juridiques contraignantes pour faire respecter le droit international humanitaire (DIH). Et c’est tout naturellement vers la Suisse, dépositaire des Conventions de Genève, que les regards se tournent. Car si, juridiquement, la Confédération a les mêmes obligations que les autres Etats parties, politiquement et moralement on attend d’elle qu’elle joue un rôle particulier dans la promotion du DIH.

La dernière initiative en date émane de One Justice, un collectif d’avocats de trente pays – dont la France, l’Autriche, la Belgique, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Hollande et l’Italie et des pays arabes - soutenu par une centaine d’organisations et dont le but affiché est de mettre en œuvre les Conventions de Genève.

« Il ne doit y avoir qu’une seule justice dans le monde, martèle Me Ridha Ajmi, avocat au barreau de Genève et membre suisse du collectif. Le 19 janvier, nous avons saisi le Conseil fédéral pour demander l’ouverture d’une enquête sur les évènements de Gaza, en application de l’article 1 des Conventions de Genève. La Suisse a fait beaucoup d’efforts pendant les années 90 pour amener Palestiniens et Israéliens à la table des négociations. Aujourd’hui l’une des deux parties [Israël] continue à oublier ses obligations. Mais on s’intéresse aussi bien aux crimes commis par Israël que par le Hamas. La justice est la même pour tous. »

Georg Farago, porte-parole du DFAE, confirme par email que la lettre du collectif est bien parvenue au Département et qu’une réponse est en cours de préparation. « Dans divers communiqués de presse, la Suisse a appelé les parties au conflit à respecter le DIH et condamné des actes concrets, comme les tirs de roquettes du Hamas ou le bombardement par l’armée israélienne du quartier général de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNWRA) et de l’hôpital Al-Quds. »

Enquête et réunion d’experts

Mais les avocats ne se contentent pas de communiqués. Ils demandent à la Suisse d’envoyer un comité d’enquête à Gaza. Déjà fait, répond le porte-parole : « la Suisse a demandé à plusieurs reprises la mise en place, sans délai, d’une commission d’enquête indépendante sur les violations du DIH dans la zone de conflit. »

Berne ne devrait-elle pas prendre toutes les mesures nécessaires - juridiques et politiques - pour faire respecter les Conventions de Genève ? « La Suisse a soutenu la convocation de la session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme, poursuit le porte-parole. Elle appuie la mission d’enquête décidée par ce Conseil et espère que la lumière sera faite sur les violations commises par toutes les parties au conflit. » Et d’ajouter que Berne a aussi approuvé la résolution adoptée par la 10ème session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU, qui exige le respect de la résolution du Conseil de sécurité. Quant au terrain, « nous avons intensifié notre aide humanitaire et envoyé des équipes d’engagement immédiat à Gaza. Et nous nous sommes employés à assurer à l’équipe médicale d’urgence du CICR l’accès à la bande de Gaza. »

Mais les avocats demandent aussi à la Confédération de convoquer une réunion d’experts pour examiner la suite à donner aux évènements de Gaza. Et une conférence qui plancherait sur les mesures contraignantes pour faire respecter les Conventions de Genève. « La question est déjà traitée dans différentes enceintes, onusiennes notamment. Il n’y a donc pas lieu d’organiser une conférence ou une rencontre d’experts » répond le porte-parole.

Révision du code pénal suisse en préparation

Les avocats ne misent pas seulement sur la diplomatie : les Conventions de Genève obligent explicitement les Etats parties à rechercher activement les auteurs de crimes de guerre. « Nous attendons l’entrée en vigueur de la révision du code pénal, qui permettrait enfin de porter plainte contre les criminels de guerre, continue Me Ridha Ajmi. Car la Suisse a ratifié le statut de la Cour pénale internationale (CPI), mais elle n’a pas encore aligné sa législation sur les dispositions du statut. »

Philip Grant, président de TRIAL (Track Impunity Always), une ONG qui milite pour la justice internationale, est plus mitigé : « Actuellement, le droit suisse ne permet qu’imparfaitement aux autorités pénales de poursuivre l’auteur de violations du DIH. Il faut en effet que le présumé criminel de guerre dispose de ‘liens étroits’ avec la Suisse. Ce qui pourrait éventuellement être le cas de militaires israéliens s’étant rendus en Suisse à plusieurs reprises pour participer à des exercices avec l’armée helvétique, s’ils reviennent en Suisse. Les autres n’ont pour l’heure rien à craindre de la justice suisse, même s’ils viennent chez nous y passer leurs vacances ! C’est scandaleux et contraire aux Conventions de Genève ! »

Mais la poursuite des criminels de guerre devrait être facilitée à l’avenir. Le Conseil fédéral a saisi le Parlement d’un projet de loi visant à introduire l’ensemble des crimes prévus par le statut de la CPI en droit interne. « Un vote final des Chambres fédérales sur ce texte devrait intervenir cette année encore, continue Philip Grant, et on espère que la loi entre en vigueur dans le courant de l’année prochaine. Mais il est peu probable que ce nouveau texte s’applique rétroactivement aux crimes de guerre commis à Gaza. »

L’ONG basée à Genève exhorte aussi la Suisse à créer une « unité crimes de guerre », spécialisée dans la révision des candidatures d’asile et de visa qui contiennent des informations suggérant une participation à des crimes internationaux. « Les pays d’immigration font face au risque de devenir des zones protégées pour des auteurs de crimes internationaux, à moins de formaliser et renforcer les mécanismes de coopération et d’échange d’informations entre les autorités d’immigration et les autorités judiciaires » affirme l’organisation.

 

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