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On ne peut pas être solidaires avec des criminels de guerre

 

Le 17 janvier 2009

Chère Madame Knobloch, Cher Monsieur le Professeur Dr. Korn , Cher Monsieur le Docteur Graumann, 

Le week-end dernier (10 et 11 janvier 2009) vous avez publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Süddeutsche Zeitung (et sans doute dans d’autres journaux encore, dont je n’ai pas eu connaissance) un encart publicitaire du Conseil central des Juifs d’Allemagne : « Solidaires avec Israël - Contre les roquettes des terroristes du Hamas -Pour ouvrir une perspective aux civils palestiniens de Gaza. »  

Je me demande ce que vous cherchez à obtenir avec cet encart qui contredit totalement la réalité. «  Solidaires avec Israël » ? Bien sûr ! Mais la solidarité dont  vous parlez, jamais vous ne l’obtiendrez. Vous obtiendrez exactement  le contraire . Ceux qui jusqu’ici avaient de la bienveillance pour Israël s’en détourneront avec horreur quand il leur faudra constater qu’en vérité ce n’est pas la solidarité avec Israël que vous demandez, mais une excuse pour les abominables crimes de guerre commis chaque jour dans la bande de Gaza par les forces armées israéliennes depuis le début des hostilités. Des crimes que nous pouvons suivre en direct sur nos téléviseurs.

 Excuser les commanditaires de crimes pareils ? Excuser des criminels de guerre de la pire espèce, excuser Olmert, Livni, Barak ? Je crois une pareille attitude impossible en Allemagne depuis que les Tribunaux de Nuremberg, lors des procès des criminels de guerre de  la Deuxième guerre mondiale ont déclaré toutes les nations clairement tenues de reconnaître les guerres d’agression et crimes contre l’humanité comme la pire infraction au droit, désormais voués à ne jamais  demeurer impunis.

 La question n’est pas que des activistes opérant à partir de la bande de Gaza lancent sur Israël des roquettes essentiellement artisanales,  qui certes peuvent par hasard atteindre quelqu’un ou quelque chose. Mais que le droit international et le droit de la guerre interdisent à Israël, même par vengeance ou représailles, le traitement d’une invraisemblable brutalité auquel il soumet depuis trois semaines la population de Gaza. La guerre a fait beaucoup plus de 1000 victimes pour la plupart des civils, dont 300 enfants. Israël n’a, lui, à déplorer que 13 morts, dont trois civils. Trois des soldats israéliens ont été victimes des tirs de leur propre armée. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Permettent-ils de réserver la compassion aux seuls proches des morts israéliens ?

 Je ne souhaite pas répondre point par point aux arguments que vous présentez dans les journaux pour démontrer qu’Israël se contente d’exercer son droit de légitime défense. Il me serait facile de les réfuter tous.

Mais une chose retiendra mon attention :

Vous écrivez :

Chaque vie humaine compte. Chaque victime - d’un côté ou de l’autre - est une victime de trop. Il n’y a pas de guerre propre et juste, où l’on doive protéger les civils, quand on combat le terrorisme.

Les deux premières phrases procèdent de  l’habituelle rhétorique hypocrite - passablement usée maintenant- qu’utilisent surtout ceux que ne dérange pas la mort d’innocents dans une guerre contraire au droit international.  Ma question : si chaque victime est de trop, pourquoi accepter qu’on tue des centaines d’êtres humains? Quant à la troisième phrase, elle pose une autre question : comment les dirigeants israéliens peuvent-ils s’estimer en droit de mener une guerre sale et injuste quand - ce qui est le cas à Gaza - les civils n’ont aucune possibilité de se mettre à l’abri ? Israël a entassé les Gazaouis dans un espace exigu rappelant un camp de concentration. La zone est bouclée. Aucune possibilité de s’échapper. Mais tous ceux qui recourent à une résistance légitime et/ou dont les opinions s’écartent de la vulgate officielle sont des terroristes, nous le savons bien depuis que George Bush est devenu Président des USA et donc chef des forces armées US.

 Les antisémites viscéraux ont toujours affirmé qu’Israël lui-même fait si bien les affaires de l’antisémitisme qu’il n’a besoin de personne d’autre pour cela. Je n’ai jamais adhéré à cette thèse lourdaude. Mais  maintenant, quand je vois les efforts d’Israël pour se faire haïr de tout le monde, il me vient des doutes : n’y aurait-il pas un peu de vrai là-dedans ?

Israël craint pour son droit à l’existence. À bon droit. Il est bien parti pour mettre lui-même ce droit en question - par son comportement.

Loin de moi l’idée de vouloir m’ingérer dans les affaires du Conseil central des Juifs d’Allemagne. Mais le Conseil central n’est pas totalement libre de ses décisions, du moins en ce qui concerne ses dépenses.

En effet il reçoit de la RFA, aux termes du contrat passé avec l’État allemand, une subvention de 7.272.000 euros (à l’origine, c’était seulement 4.992.000)

pour soutenir la communauté juive, la collaboration entre  Juifs et chrétiens ainsi que le dialogue interreligieux et interculturel.

Ledit  contrat précise :

Le gouvernement fédéral contribuera à la conservation du patrimoine culturel germano- juif, à l’édification d’une communauté juive et aidera le Conseil central à remplir ses tâches sociales et d’intégration politique. Dans ce but le Conseil central recevra un soutien financier pour ses tâches supra-régionales  et ses dépenses administratives.

Il n’est nulle part question d’Israël. En particulier il n’est pas dit que le Conseil central puisse utiliser la subvention pour défendre les intérêts d’Israël. C’est pourtant bien ce que fait le Conseil quand il s’engage dans des annonces publicitaires en faveur de la politique menée par les dirigeants israéliens actuels.

La « réclame » pour les violences israéliennes ne fait pas non plus partie des tâches que le Conseil s’est  lui-même fixées.

Le  Conseil central (comme on peut le lire sur le site web du Comité) s’emploie à

° aider la communauté juive  à toujours mieux remplir  ses devoirs religieux, sociaux et culturels ;

°représenter  les intérêts communs de ses membres ;

° soutenir le travail des sections régionales, des paroisses et de la structure  caritative centrale.

Il est souligné que

le Conseil central se consacre à des buts relevant directement et exclusivement de l’intérêt général.

Publier dans les journaux coûte cher. Très cher.  Je ne sais pas bien d’où vient l’argent. S’il provenait, en tout ou en partie, de la subvention annuelle versée par la RFA, la destination des fonds ne serait pas conforme aux termes du contrat passé  avec l’État. Le contribuable que je suis devrait protester énergiquement contre le mauvais usage fait de ses impôts. Car se déclarer solidaire d’un État, apporter sa caution morale à un État qui fait fi du droit international et s’autorise des crimes de guerre n’est pas dans les intérêts bien compris de la RFA, qui s’engage dans sa Constitution à promouvoir la paix et  respecter les droits humains.

Si la publication était payée par les contributions des membres de l‘organisation, les fonds ne seraient pas non plus employés de manière correcte, car cet emploi ne serait pas en conformité avec les tâches dont est chargé le Conseil central.

Peut-être le budget prévisionnel  2009 répond-il à toutes ces questions, mais je ne l’ai pas trouvé sur le Net, sans doute parce qu’il n’y est pas  publié à ce jour.

Le Comité central devrait être au clair avec lui-même : représente-t-il les intérêts des Juifs vivant en Allemagne  ou a-t-il choisi d’être la voix des  faucons du gouvernement israélien ?

Quoi qu’il en soit : Solidaire avec Israël au cens où l’entend le Comité central : Non, trois fois non !

On ne peut pas être solidaires avec des criminels de guerre.

Amicalement Armin Fiand

 [L’avocat hambourgeois Armin Fiand a déposé le 12 août 2006 auprès du Procureur général de la République fédérale (Cour suprême fédérale de Karlsruhe) une plainte contre le Premier ministre israélien Ehud Olmert, le ministre de la Défense Amir Peretz et le chef d’état-major Dan Halutz pour crimes et cri­mes de guerre, en vertu du Code pénal international allemand (CPIA) du 26 juin 2002. Voici son argumentation.

http://www.horizons-et-debats.ch/express/HD%20express_3.pdf]

Armin Fiand Avocat

Minsbekweg 4 a  22399 Hamburg

Fixe: 040/60849595  Fax: 03221/1270833

e-mail: fiand@arcor.de  Portable: 0174-4651407

Conseil central  des Juifs d’Allemagne Leo-Baeck-Haus

Postfach 04 02 07   10061 Berlin

 Fax: +49 ((0) 30) 28 44 56 - 13  

Traduit par Michèle Malane et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

 

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