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par Michel
Bôle-Richard
L'armée israélienne est la plus morale du monde",
n'a pas hésité à dire Ehoud Barak, ministre de la défense dans le
gouvernement sortant d'Ehoud Olmert. "Je ne crois pas que les
troupes israéliennes aient porté atteinte à des civils palestiniens
de sang-froid", a affirmé le chef d'état-major de Tsahal, Gaby
Ashkenazi. Tous deux ont admis qu'il y ait pu avoir des "cas isolés"
de comportements répréhensibles des soldats israéliens lors des
vingt-deux jours de la guerre dans la bande de Gaza, mais qu'il ne
fallait pas généraliser. Des enquêtes ont été ouvertes pour faire la
lumière sur ces bavures. "On peut faire confiance à l'armée pour
être sûr que rien de tangible ne sortira de ces investigations. Une
armée qui enquête sur elle-même, cela ressemble à une farce",
ironise Uri Avnery, écrivain et militant pacifiste.
Mais il aura fallu que la presse israélienne,
notamment les quotidiens Maariv et Haaretz, publie les témoignages
de soldats pour que les autorités militaires réagissent. Jusqu'à
présent, les nombreux récits des victimes à Gaza et les
dénonciations des organisations de défense des droits de l'homme
n'avaient pas ému l'opinion publique israélienne, qui a largement
soutenu ce conflit. Aujourd'hui, le citoyen israélien a du mal à
s'interroger sur les dérives de son armée, qui, selon les derniers
chiffres publiés par le Centre des droits de l'homme palestinien, a
causé la mort de 1 417 personnes, dont 926 civils, parmi lesquels
313 mineurs et 116 femmes. Seuls 236 combattants ont été tués, ainsi
que 255 policiers ou agents de sécurité, dont 240 lors des
bombardements massifs du 27 décembre 2008.
Au fur et à mesure que les langues se délient, il
apparaît de plus en plus clairement que Tsahal n'a pas respecté les
règles les plus élémentaires de la guerre en procédant à des
pilonnages intensifs des zones civiles, en utilisant des bombes au
phosphore, en rasant plus de 4 000 maisons, en réduisant
l'infrastructure économique, en utilisant sa puissance de feu pour
tenter d'éviter toute perte dans ses rangs. Ce qui, paradoxalement,
a occasionné de multiples incidents de "tirs amis". "Je veux de
l'agressivité. S'il y a des doutes sur les occupants d'une maison,
on la bombarde. Si un bâtiment est suspect, on le détruit",
briefait, avant les combats, un commandant de compagnie, selon un
témoignage sur la chaîne 10.
Il n'était pas question de prendre le moindre
risque, afin d'éviter aussi les menaces d'enlèvement de soldats.
C'est pourquoi des oliveraies, des cultures, des quartiers ont été
rasés au sol. Le moindre mouvement était suspect. La moindre
présence constituait une menace. Les ambulances n'ont pu avoir accès
à des blessés, qui sont morts vidés de leur sang. Des familles ont
été séquestrées pendant plusieurs jours sans eau et sans nourriture.
Seize secouristes ont été tués et 34 établissements médicaux ont été
attaqués, selon le rapport de l'ONG, Médecins pour les droits de
l'homme (PHR).
Pour les Israéliens, c'est la faute du Hamas.
Parce que ses combattants ont lancé des roquettes, parce qu'ils se
sont dissimulés au sein de la population, qu'ils l'ont utilisée
comme bouclier humain. Parce qu'ils ont caché des armes dans les
mosquées, tiré depuis des écoles, qu'ils se sont cachés dans les
hôpitaux, qu'ils ont enlevé leurs uniformes, qu'ils ont utilisé les
ambulances comme moyen de transport.
Tous les arguments sont avancés par les autorités
israéliennes pour justifier ce qui s'est passé dans la bande de Gaza
: des tracts ont été lancés, des coups de téléphone ont été donnés,
toutes les précautions ont été prises pour éviter de faire des
victimes civiles. Mais les Gazaouis se sont retrouvés piégés,
n'ayant nulle part où aller, à la merci des soldats israéliens, qui
tiraient souvent sans discernement : "Tout ce qui bougeait ne
pouvait être que des terroristes."
Dans ces conditions, menacer les officiers et les
hauts responsables militaires et politiques de "crimes de guerre"
est du "terrorisme légal", selon le colonel Liron Liebman,
responsable du département juridique de l'armée, pour lequel il y a
"un large fossé entre erreurs et crimes de guerre". Pour Ehoud
Olmert, le premier ministre, il n'y a aucun doute : "Je ne connais
aucun militaire qui soit plus moral, plus régulier et plus sensible
à la vie des civils que ceux des forces armées israéliennes."
Même à Gaza ? Même si, comme l'explique l'expert
militaire Reuven Pedatzur, "il n'y a pas eu de guerre à Gaza, pas
même une vraie bataille", puisque, face à la puissance de feu des
Israéliens, les combattants du Hamas ont préféré se replier et
attendre l'ennemi au coeur des villes, où Tsahal n'a pas osé
s'aventurer de peur de subir trop de pertes.
Pour l'essentiel, ce sont donc les civils qui ont
eu à subir les conséquences de ce conflit, qui n'a pas permis
d'atteindre tous les objectifs fixés. Le caporal Gilad Shalit est
toujours séquestré. Les tunnels creusés sous la frontière égyptienne
sont toujours opérationnels, et les roquettes continuent d'être
lancées sur le sud du territoire israélien. Deux ans et demi après
l'échec de la guerre au Liban, l'opération "Plomb durci" a non
seulement révélé ses limites, mais démontré que le pouvoir de
dissuasion ne se rétablit pas en tuant des civils.
LE MONDE | 26.03.09 | 13h05 • Mis à jour le
26.03.09 | 17h15
Courriel : bole.richard@lemonde.fr.
Michel Bôle-Richard (Correspondant à Jérusalem)
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